jeudi 14 avril 2011

Grandeur. Beauté. Bonheur

Ce titre me donne envie de partir en vers, d’envoyer des quatrains d’alexandrins, de jongler avec des rimes croisées, de faire danser les mots sous le son des allitérations (jamais je n’aurais cru employer ce vocabulaire un jour…). En réalité, ce n’est pas le titre en lui-même qui provoque un instinct poétique mais ce à quoi il se réfère.


Partir dans l’insouciance sans rien prévoir,
Voilà ce qu’il s’est passé dans nos vies ces derniers jours.
Revenir la conscience pleine d’images que vous peinez à croire,
Voilà qui donne matière à rêver pour toujours.


Ça y est, je crois que j’ai usé de mon stock de rimes. De toute manière je n’avais pas la prétention de vous conter ce morceau de vie, aussi poétique soit-il, à la V. Hugo. D’une, parce que dans quatre semaines et demie j’y serais encore. De deux, vu la pauvreté des pseudos vers que je viens de vous servir, il est préférable pour le bien de tous que je me cantonne à la narration.

Petite innovation tout de même puisque je vais laisser de côté le bon vieux récit chronologique pour une forme nouvelle d’écriture. Je vous résumerai notre dernier périple en trois grandes parties, chacune relative à l’un des termes du titre. Je pourrais d’ailleurs me contenter de vous laisser ces trois mots pour vous faire comprendre ce qui nous a mu et ému. Mais je connais votre appétit insatiable du détail alors vous ne demeurerez point sur votre faim quand ce texte trouvera sa fin.


GRANDEUR

J’ai appris que la Grandeur n’avait pas seulement un caractère physique. J’ai compris que la Grandeur pouvait aussi définir la force des qualités humaines d’une personne. Sauf qu’ici on ne raisonne pas à la marge car c’est un constat que l’on peut généraliser à l’égard du peuple taïwanais entier. Cette Grandeur humaine, qui n’arrêtera jamais de m’épater, a été notre fidèle accompagnatrice pour l’intégralité de notre expédition. Une compagnie pour le moins appréciable quand vous  arrivez dans une ville dont l’unique connaissance que vous avez est la brève description lue dans votre guide. D’une manière tout à fait naturelle on vous offrira gîte qu’elle que soit l’heure de la nuit ou du jour. Comme cette fois où nous sommes arrivés à Hengchun, petite ville à côté de Kenting, la station balnéaire au Sud de l’île dont la beauté fascinante a déjà eu droit à un article (cf. "Joindre les deux bouts"). L’ami d’un ami d’une amie nous a hébergés, restaurés pendant deux jours et, par la même occasion, enseigné une grande leçon de ce qu’on appelle Hospitalité.

Notre première étape à Kenting avait un dessein quelque peu festif car un gros festival musical,  le « Springscream » (Cri du Printemps), y était programmé pour le premier weekend d’Avril. Ce cri printanier taïwanais est en quelque sorte un échantillon de Springbreak américain. Des milliers d’étrangers, des teufs sur la plage, des concerts, des voitures à la Fast and Furious et une grosse ambiance de « tout est permis » pendant 48 heures.

[[Petite parenthèse pour ceux qui n’ont jamais entendu parler du Springbreak. C’est une coutume  américaine, qui s’observe en grande majorité chez la population estudiantine, consistant à festoyer intensément (pour rester poli) avant la préparation des examens de fin d’année. Le berceau de cette folie printanière est basé en Floride mais a tendance à s’exporter un peu partout dans le monde. Fermeture de la parenthèse]]

Cette fois la Grandeur était incarnée par cet énorme évènement fédérateur. La rencontre de milliers de festivaliers venus des quatre coins du monde sur une plage, non pas pour cramer sous les rayons du soleil mais danser sous ceux de la lune. D’une grande rareté, cette fiesta à ciel ouvert fut une expérience assez inouïe.





Mais l’immensité festive n’est rien comparée à l’éminence d’un accueil taïwanais. Ceci nous a été confirmé quand la ville Taitung et ses habitants nous accueillirent à « cœur ouvert ». Disons que les rencontres établies pendant nos trois jours sur la côte Est sont beaucoup trop fortes pour les restreindre à l’expression plus courante d’accueil « à bras ouverts ». Quand vous dîtes à un taïwanais que vous voulez voir du pays non seulement il excellera dans ce domaine mais il prendra aussi soin de vous faire vivre le pays. Il vous présentera à sa famille, qui vous invitera à dîner tout en vous proposant un hébergement et la visite guidée des moindres recoins de la région. Quand vient l’heure si redoutée du départ votre hôte vous laissera un souvenir trop grand pour tenir dans votre petite tête et un cadeau confectionné de ses propres mains… Vous retombez de très haut en retrouvant le béton et la grisaille de Taipei. Chute abyssale après une ascension humaine astrale.





BEAUTE

Aussi grande fut-elle, l’expérience humaine de notre séjour fut tout aussi belle. Mais qui dit séjour dit aussi rencontre avec de nouveaux paysages qui, vous le savez déjà, sont variés à Taïwan. Ceux de la côte Est nous étaient encore inconnus et la promesse d’un beau spectacle qu’on leur attribue a bien été tenue. La face Pacifique de l’île s’étend sur un territoire assez étroit, surmontée par la Cordillère centrale d’un côté et l’océan de l’autre. Vous ne savez donc quel côté admirer quand vous parcourez les routes qui traversent cette splendeur naturelle. Petit coup d’œil sur la droite : un océan déchaîné dont le fracas des vagues sur les rochers n’est pas loin de vous éclabousser. Rotation à 180 degrés : des montagnes abondamment boisées, partiellement cachées par une épaisse brume qui délivre un côté mystérieux à ces sommets rocailleux. Là vous vous dites que les caméléons sont chanceux.






 

 



La Beauté n’est pas seulement à voir. On peut la vivre. Un festival n’est pas qu’un rassemblement d’ivres. C’est une vraie heure de gloire. Celle de la musique qui nous envoie ses vibrations capables de faire danser à l’unisson une foule éclectique. A ce gros mouvement rythmique s’ajoute une touche artistique, celle des feux qui éclatent dans les cieux. Un instant de beauté festi-nocturne qui nous a envoutés jusqu’au lever du soleil. 
  




Je crains de subir des représailles d’une certaine personne en vous expliquant que la beauté a aussi (peut-être même surtout) un visage féminin à Taïwan… Mais je sais que ma bien-aimée ne m’en voudra pas pour cela. Et puis, Service Public oblige (je sais je l’ai piquée à Yann Barthès celle-là, mais je l’ai appelé et il était d’accord) je me suis promis de vous faire part aussi fidèlement que possible de mon périple. Je ne m’étalerai pas trop sur le sujet pour éviter de vraiment m’attirer les foudres de Juliette, alors comme à mon habitude je laisse vos yeux confirmer mes écrits.


 



BONHEUR

Tout comme la Grandeur humaine des taïwanais, le Bonheur nous a suivi partout pendant tout ce voyage. Le bonheur de se sentir comme à la maison grâce à une quasi intégration au foyer familial en guise d’hébergement. Le bonheur de rencontrer des gens toujours fascinés de faire votre rencontre. Et puis encore une fois, le bonheur de découvrir cette île pleine de belles surprises… Je pourrais encore écrire des pages de bonheur mais je préfère ne pas vous l’imposer car, je le sais, votre temps est précieux.


Je terminerai par une citation de mon pote, colloc et complice de tout ce voyage, David :

« Règle numéro 1 : toujours avoir un contact local. » 

Parce que l’on a été fidèle à ce fondement, nous avons connu un séjour plus qu’excellent.
Et puis on s’est mis d’accord sur la suite de cette théorie :

« Règle numéro 2 : toujours suivre la règle numéro 1. »

    

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