jeudi 31 mars 2011

Un soupçon de Japon

Ne vous y méprenez pas, ce titre n’a rien à voir avec la triste et inquiétante situation du voisin nordique de Taïwan. Je pense d’ailleurs que ça ne vous fera pas de mal de lire autre chose concernant le Japon qu’un papier sur l’apocalypse digne d’un manga qui l’a frappé. Fait d’actualité qui a tout d’une aubaine pour les médias français qui exploitent ce sujet jusqu’à la moelle. A les entendre on serait tenté de croire que les japonais souffrent d’une obsession pathologique de centrales nucléaires. Et ce travail acharné d’information nous ferait presque oublier la richesse culturelle et historique de ce peuple dont les influences s’observent un peu partout en Asie.

Taïwan a fait partie de l’empire colonial japonais toute la première moitié du XXème siècle durant. Après l’avoir constaté à Tainan, j’ai découvert une nouvelle trace du passage nippon sur l’île, à Jiufen (prononcez DjiouFeun’). Petite ville au nord est de Taipei, les colons japonais y trouvèrent un intérêt particulier en raison des mines d’or enfouies sous ses montagnes verdoyantes. Nous l’avons observé lors de la visite d’une ancienne exploitation dont les dortoirs des exploités et chalets privés des exploitants ont été conservés. 










Encadrée par un paysage relativement agréable, la ville de Jiufen offre aussi de belles balades dans ses charmantes rues pavées. On y retrouve un certain cachet historique qui se fait plutôt rare à Taïwan. On entre dans de vieux bâtiments d’architecture japonaise pour y déguster un thé. On lève les yeux pour contempler les façades boisées des anciennes maisons. On apprécie volontiers ce décor qui rompt totalement avec ce que l’on a l’habitude de voir dans les grosses villes modernes de l’île.

Étant donné que ce genre d’endroits n’est pas commun à Taïwan, Jiufen a tendance à attirer beaucoup de touristes. On y trouve donc toutes sortes de boutiques, restaurants et commerces en tout genre. Mais ici aussi on sent que la volonté de conserver l’authenticité de cette cité s’est faite respectée. Point d’enseignes extravagantes, lumineuses et bruyantes à Jiufen. Ça me faisait un peu penser à Saint Malo parfois. Rues pavées, beaucoup de touristes étrangers, souvenirs abondamment exposés sur les étals… On y trouve même des cartes postales en toute facilité ! Bon, ce dernier point n’a rien de très Saint Malo, mais je le mentionne car ce n’est pas une mince affaire de s’en procurer à Taïwan. Cela faisait déjà un moins que mes correspondants attendaient de mes nouvelles, vous imaginez donc la joie intense procurée par la simple vision des précieuses cartes… Nan, là je m’emballe.

Je conclurai par cette petite sélection photographique pour vous montrer un morceau de cette balade qui m’a laissé un très beau souvenir et surtout une grosse envie d’aller au Japon.  









dimanche 27 mars 2011

Joindre les deux bouts

La publication tardive de cet article est due à quelques problèmes techniques et un défaut de disponibilités ces derniers temps... Je ferai tout mon possible pour pallier ce manque de régularité. Bonne lecture. 

Je n’avais jusqu’à présent jamais connu de dimanche soir aussi sombre et démoralisant. Celui qui inhibe toute capacité à faire quelque chose mobilisant plus de trois neurones. Celui qui laisse poindre le spectre de Guy, votre collègue aux blagues encore plus lourdes que Jacqueline, votre autre collègue au timbre vocal encore plus agressif que les remontrances de Duval, votre patron au faciès qui n’est pas loin de vous faire cauchemarder...

Bref, toutes ces tortures morales ne sont que futilités par rapport à celle que j’ai endurée le soir du Dimanche 13 mars, quand Juliette prit l’avion pour repartir à Bangkok. Je retrouvai  le chemin de mon dortoir pour affronter une solitude qui vous donne envie de baptiser votre ballon « Wilson », de le styliser beaucoup mieux que celui de Tom Hanks  et d’en faire votre pote… En quasi communion avec Baudelaire, non pas par une consommation d’absinthe légèrement excessive mais par une longue traversée de Spleen, je saisis mon appareil photo pour revivre ce beau voyage que nous avons fait ensemble à travers l’île tout entière.


Les premiers clichés me transportent à Danshui, ville de la banlieue de Taipei toute proche de la côte Nord. Une heure de métro pour y aller puis, il faut prendre un bus pour accéder aux plages de la côte et les sentiers qui la bordent. Les bretons que nous sommes furent saisis par l’impressionnante ressemblance du littoral nord taïwanais avec le littoral nord finistérien. D’autant que le climat légèrement venteux, nuageux et parfois pluvieux ajoutait à cette sensation de découvrir, ou redécouvrir, un paysage avec lequel nous sommes bien familiers. Pour ceux qui n’ont jamais osé venir en Bretagne (et oui, ça existe), voici un léger aperçu des trésors qu’elle réserve. Pour ceux qui la connaissent, jugez par vous-même.






Après ce premier weekend, nous sommes partis vers le Sud chercher le soleil  et fuir le froid, le vent et la pluie du Nord (France, Taïwan : même combat). C’est donc à Tainan, ville la plus ancienne du pays, que nous avons choisi de nous réchauffer. Deux points très positifs ont marqué notre arrivée : la clémence des températures et l’accueil d’Oscar, un inconnu qui devint vite notre ami. Je ne pouvais pas parler de Tainan sans parler d’Oscar qui fut l’un de nos meilleurs souvenirs de ce voyage. Ce jeune homme est un ami d’enfance de Melody, qui est une de mes amis de l’université. Melody, dans un souci naturel de faire en sorte que tout soit parfait pour nous, avait prévenu Oscar que nous arrivions à Tainan, et lui confia la mission de nous accueillir et nous mener à un hôtel bon marché. Mission plus qu’accomplie car Oscar nous a tout bonnement invités à passer la nuit dans sa maison familiale (5 étages avec ascenseur tout de même). Dans son élan de bonté qui forge sa noble personne, il s’est proposé pour nous faire la visite de Tainan, sa ville natale, et nous consacrer ainsi sa journée de congé. Encore une belle leçon de vie made in Taiwan...

Accompagné d’un guide hors pair, nous avons découvert cette agréable ville de Tainan, regorgeant de temples, de vestiges de l’occupation hollandaise ou japonaise, et surtout de milliers de restaurants. Cette cité historique est reconnue à Taïwan comme l’incarnation de l’excellence gastronomique. Nous n’avons pas osé expérimenter la soupe de cœur de porc, mais nous avons su nous régaler autrement et confirmer l’honorable réputation de Tainan. Tout aussi honorable par la richesse de son patrimoine culturel et historique d’ailleurs. En vous aventurant dans des ruelles aussi larges que vous-même, vous tombez nez à nez avec de somptueux temples en l’honneur des nombreuses divinités de la religion Taoïste. Curieux, vous entrez naturellement dans ses lieux de culte qui vous éblouissent de beauté architecturale. Les bâtisseurs de ces monuments ont le soin de concevoir de véritables histoires emmurées. Le moindre détail - bas-relief, peinture, sculpture - de ces temples révèle une signification bien précise relative à la mythologie chinoise. Tout cela inspire un profond respect à l’égard de ces édifices dont l’humble apparence abrite une richesse culturelle et spirituelle vénérable. Les photos étant rarement autorisées dans les temples, je n’ai pas beaucoup d’images qui témoignent dûment de la grandeur de ces trésors.











Après avoir vu l’extrême Nord de Taïwan, nous prîmes le chemin de son opposé pour arriver à Kenting. Station balnéaire bordée par le Détroit de Taïwan à l’Ouest et l’Océan Pacifique à l’Est. Outre la diversité de ses plages, Kenting est aussi célèbre pour son parc National, le plus grand de Taïwan, qui est un des bijoux naturels de l’île. Après une balade dans la forêt qui surplombe la côte, nous avons pris la route à bord de notre scooter et pu savourer les innombrables points de vue sur le Pacifique. Une nouvelle fois, grosse sensation de faire la rencontre avec le bout du monde. Un bout du monde dont la violence des vents manifeste une certaine hostilité. Une hostilité à laquelle vous n’aimeriez guère vous frotter. Une hostilité qui vous laisse imaginer le courage et l’instinct légèrement psychopathe des skippers qui ont pour hobby de faire le tour de la planète en solitaire. Cette confrontation à la nature sauvage de Taïwan fut, dans tous les sens du terme, une vraie bouffée d’oxygène.












Le voyage photographique prit fin. La monotonie du dimanche soir laissa place à tous ces beaux souvenirs d’évasion plein la tête. Ca fait très cliché de dire ça je vous l’accorde, mais croyez-moi cette expression prend tout son sens à Taïwan. Ce n’est pas tant la diversité de ses paysages qui surprend, bien que celle-ci n’aie rien d’anodin et mérite des tas de louanges, mais bien sa capacité à concentrer autant de visages sur un territoire à peine plus grand que la Bretagne. Un jour vous croyez vous balader sur les côtes de Plouescat, et le lendemain, après six petites heures de route, vous vous dorez la pilule sur des plages paradisiaques qui n’ont rien à envier aux îles de la Thaïlande. Et encore, je n’ai même pas vu le quart de ce que Taïwan est capable de nous offrir. L’analogie à l’évasion vous vient vite à l’esprit quand vous quittez la prison urbaine pour une cavale dans cette nature pleine de surprises !



PS : Vous vous en doutez, le choix des noms en début de cet article ne vise personne en particulier. Alors si un Guy, une Jacqueline ou un M. Duval vient de me lire, qu'il ou elle n'y voie quelconque attaque personnelle.

mercredi 16 mars 2011

Encore un matin. Un matin qui fait du bien !

Non, je ne vous abandonnerai pas. Non, je ne vous laisserai pas attendre dans l’impatience de lire du nouveau marmonnant « Bon, c’est quand la suite là ! ». Je sais que j’ai été silencieux depuis trop longtemps mais je suis persuadé que vous en comprendrez la raison. J’ai reçue la visite de Juliette qui est arrivée le vendredi 4 mars pour repartir dimanche dernier, le 13... Dix jours de séjour en amoureux à travers toute l’île que je ne manquerai pas de vous conter d’ici peu.

Mais aujourd’hui ce n’est pas le sujet car je souhaite revenir sur une petite excursion. Il y a deux weekends de cela j’ai accepté l’invitation de mes « classmates » (ça passe mieux que camarades de classe) à randonner dans les montagnes surplombant Taipei City. Celles au Nord Ouest de la ville plus précisément, avec pour objectif l’ascension du Mont Cising (prononcez Tjizin). J’ai l’impression que je vais prendre l’habitude de me lever à 8h les dimanches matins à Taïwan. En effet, le rendez-vous étant évidemment tôt le matin, j’ai subi le douloureux réveil qui nous fait déjà bien assez de mal toute la semaine… Je ne sais pas d’où j’ai puisé la force pour quitter ma couette chaude, mon oreiller moelleux, mon lit (pas vraiment douillet car je dors sur une planche) mais je l’ai fait. Fort heureusement, une bonne nouvelle m’a préservé d’un petit-déjeuner grognon avec pour seule idée en tête « Vivement ce soir que je retrouve mon lit ». Un petit tour sur léquipe.fr qui titre « Rennes, premier sans bruits» faisant référence à leur victoire du samedi soir contre le RC Lens. Comme quoi, ça ne tient pas à grand-chose la bonne humeur. Tout sourire, je rejoins mes amis qui m’offrent de quoi finir mon petit-déjeuner (légèrement sacrifié au profit de la lecture du moindre article sur le SRFC victorieux des « Sang et Or »).  

L’avantage des dimanches matins à Taipei, c’est qu’on oublie presque l’existence des bouchons pouvant être copieux dans cette ville. Rien de très croustillant vous me direz, mais que voulez-vous, on se console comme on peut après le sacrifice de la grâce mat’ dominicale. La consolation est à son apogée lorsqu’on aperçoit le tableau des montagnes fumantes se dévoilant à mesure que la voiture avance. Ces anciens volcans ont envie de dire qu’ils ne sont pas complètement éteints laissant s’échapper des filets de vapeur de souffre en parcimonie. Un détail qui fait tout le charme de cette chaîne montagneuse rendant mes souliers impatients d’y mettre leurs pieds. Petite parenthèse : mes parents doivent se demander quelle mouche taïwanaise a bien pu me piquer, connaissant mon goût pour les réveils matinaux du weekend et la rando… 






L’effet « montagne fumante » est encore plus saisissant quand on foule ses sentiers pentus. Il vous donne comme l’impression de marcher sur une énorme cocotte-minute. Vous comprenez rapidement que personne ne prépare de potion magique sous vos pieds quand l’odeur du souffre s’invite dans vos narines. Ce doux fumet sulfureux vous laisse plutôt imaginer que les égouts de la ville sont en ébullition là-dessous. Rassurez-vous, ces petits désagréments olfactifs n’interviennent que très rarement. Après une heure de marche et quelques troubles odorants, la beauté du paysage, visible depuis les nombreux panoramas sur la vallée, vous dévoile un des nombreux visages de Taïwan.








Vous l’aurez compris, l’offrande de ma grasse mat’ aux dieux de la rando a été dignement  récompensée. Surtout qu’une rencontre complètement inattendue, témoignant aussi d’une sacrée coïncidence, a marqué cette matinée. NAN, jeune fille qui travaille pour un complexe hôtelier à Taïwan a étudié le management du tourisme en France pendant trois ans. Dans la ville d’Aix-en-Provence qui plus est. Elle parle un très bon français, connait plein de bonnes adresses d’hôtels un peu partout à Taïwan et peut m’avoir des prix dans quelques-uns de ces établissements. Une nouvelle qui tombait à pic ! En pleine préparation du voyage avec Juliette, les précieux conseils et les bons plans de Nan furent de bon augure.