dimanche 27 mars 2011

Joindre les deux bouts

La publication tardive de cet article est due à quelques problèmes techniques et un défaut de disponibilités ces derniers temps... Je ferai tout mon possible pour pallier ce manque de régularité. Bonne lecture. 

Je n’avais jusqu’à présent jamais connu de dimanche soir aussi sombre et démoralisant. Celui qui inhibe toute capacité à faire quelque chose mobilisant plus de trois neurones. Celui qui laisse poindre le spectre de Guy, votre collègue aux blagues encore plus lourdes que Jacqueline, votre autre collègue au timbre vocal encore plus agressif que les remontrances de Duval, votre patron au faciès qui n’est pas loin de vous faire cauchemarder...

Bref, toutes ces tortures morales ne sont que futilités par rapport à celle que j’ai endurée le soir du Dimanche 13 mars, quand Juliette prit l’avion pour repartir à Bangkok. Je retrouvai  le chemin de mon dortoir pour affronter une solitude qui vous donne envie de baptiser votre ballon « Wilson », de le styliser beaucoup mieux que celui de Tom Hanks  et d’en faire votre pote… En quasi communion avec Baudelaire, non pas par une consommation d’absinthe légèrement excessive mais par une longue traversée de Spleen, je saisis mon appareil photo pour revivre ce beau voyage que nous avons fait ensemble à travers l’île tout entière.


Les premiers clichés me transportent à Danshui, ville de la banlieue de Taipei toute proche de la côte Nord. Une heure de métro pour y aller puis, il faut prendre un bus pour accéder aux plages de la côte et les sentiers qui la bordent. Les bretons que nous sommes furent saisis par l’impressionnante ressemblance du littoral nord taïwanais avec le littoral nord finistérien. D’autant que le climat légèrement venteux, nuageux et parfois pluvieux ajoutait à cette sensation de découvrir, ou redécouvrir, un paysage avec lequel nous sommes bien familiers. Pour ceux qui n’ont jamais osé venir en Bretagne (et oui, ça existe), voici un léger aperçu des trésors qu’elle réserve. Pour ceux qui la connaissent, jugez par vous-même.






Après ce premier weekend, nous sommes partis vers le Sud chercher le soleil  et fuir le froid, le vent et la pluie du Nord (France, Taïwan : même combat). C’est donc à Tainan, ville la plus ancienne du pays, que nous avons choisi de nous réchauffer. Deux points très positifs ont marqué notre arrivée : la clémence des températures et l’accueil d’Oscar, un inconnu qui devint vite notre ami. Je ne pouvais pas parler de Tainan sans parler d’Oscar qui fut l’un de nos meilleurs souvenirs de ce voyage. Ce jeune homme est un ami d’enfance de Melody, qui est une de mes amis de l’université. Melody, dans un souci naturel de faire en sorte que tout soit parfait pour nous, avait prévenu Oscar que nous arrivions à Tainan, et lui confia la mission de nous accueillir et nous mener à un hôtel bon marché. Mission plus qu’accomplie car Oscar nous a tout bonnement invités à passer la nuit dans sa maison familiale (5 étages avec ascenseur tout de même). Dans son élan de bonté qui forge sa noble personne, il s’est proposé pour nous faire la visite de Tainan, sa ville natale, et nous consacrer ainsi sa journée de congé. Encore une belle leçon de vie made in Taiwan...

Accompagné d’un guide hors pair, nous avons découvert cette agréable ville de Tainan, regorgeant de temples, de vestiges de l’occupation hollandaise ou japonaise, et surtout de milliers de restaurants. Cette cité historique est reconnue à Taïwan comme l’incarnation de l’excellence gastronomique. Nous n’avons pas osé expérimenter la soupe de cœur de porc, mais nous avons su nous régaler autrement et confirmer l’honorable réputation de Tainan. Tout aussi honorable par la richesse de son patrimoine culturel et historique d’ailleurs. En vous aventurant dans des ruelles aussi larges que vous-même, vous tombez nez à nez avec de somptueux temples en l’honneur des nombreuses divinités de la religion Taoïste. Curieux, vous entrez naturellement dans ses lieux de culte qui vous éblouissent de beauté architecturale. Les bâtisseurs de ces monuments ont le soin de concevoir de véritables histoires emmurées. Le moindre détail - bas-relief, peinture, sculpture - de ces temples révèle une signification bien précise relative à la mythologie chinoise. Tout cela inspire un profond respect à l’égard de ces édifices dont l’humble apparence abrite une richesse culturelle et spirituelle vénérable. Les photos étant rarement autorisées dans les temples, je n’ai pas beaucoup d’images qui témoignent dûment de la grandeur de ces trésors.











Après avoir vu l’extrême Nord de Taïwan, nous prîmes le chemin de son opposé pour arriver à Kenting. Station balnéaire bordée par le Détroit de Taïwan à l’Ouest et l’Océan Pacifique à l’Est. Outre la diversité de ses plages, Kenting est aussi célèbre pour son parc National, le plus grand de Taïwan, qui est un des bijoux naturels de l’île. Après une balade dans la forêt qui surplombe la côte, nous avons pris la route à bord de notre scooter et pu savourer les innombrables points de vue sur le Pacifique. Une nouvelle fois, grosse sensation de faire la rencontre avec le bout du monde. Un bout du monde dont la violence des vents manifeste une certaine hostilité. Une hostilité à laquelle vous n’aimeriez guère vous frotter. Une hostilité qui vous laisse imaginer le courage et l’instinct légèrement psychopathe des skippers qui ont pour hobby de faire le tour de la planète en solitaire. Cette confrontation à la nature sauvage de Taïwan fut, dans tous les sens du terme, une vraie bouffée d’oxygène.












Le voyage photographique prit fin. La monotonie du dimanche soir laissa place à tous ces beaux souvenirs d’évasion plein la tête. Ca fait très cliché de dire ça je vous l’accorde, mais croyez-moi cette expression prend tout son sens à Taïwan. Ce n’est pas tant la diversité de ses paysages qui surprend, bien que celle-ci n’aie rien d’anodin et mérite des tas de louanges, mais bien sa capacité à concentrer autant de visages sur un territoire à peine plus grand que la Bretagne. Un jour vous croyez vous balader sur les côtes de Plouescat, et le lendemain, après six petites heures de route, vous vous dorez la pilule sur des plages paradisiaques qui n’ont rien à envier aux îles de la Thaïlande. Et encore, je n’ai même pas vu le quart de ce que Taïwan est capable de nous offrir. L’analogie à l’évasion vous vient vite à l’esprit quand vous quittez la prison urbaine pour une cavale dans cette nature pleine de surprises !



PS : Vous vous en doutez, le choix des noms en début de cet article ne vise personne en particulier. Alors si un Guy, une Jacqueline ou un M. Duval vient de me lire, qu'il ou elle n'y voie quelconque attaque personnelle.

mercredi 16 mars 2011

Encore un matin. Un matin qui fait du bien !

Non, je ne vous abandonnerai pas. Non, je ne vous laisserai pas attendre dans l’impatience de lire du nouveau marmonnant « Bon, c’est quand la suite là ! ». Je sais que j’ai été silencieux depuis trop longtemps mais je suis persuadé que vous en comprendrez la raison. J’ai reçue la visite de Juliette qui est arrivée le vendredi 4 mars pour repartir dimanche dernier, le 13... Dix jours de séjour en amoureux à travers toute l’île que je ne manquerai pas de vous conter d’ici peu.

Mais aujourd’hui ce n’est pas le sujet car je souhaite revenir sur une petite excursion. Il y a deux weekends de cela j’ai accepté l’invitation de mes « classmates » (ça passe mieux que camarades de classe) à randonner dans les montagnes surplombant Taipei City. Celles au Nord Ouest de la ville plus précisément, avec pour objectif l’ascension du Mont Cising (prononcez Tjizin). J’ai l’impression que je vais prendre l’habitude de me lever à 8h les dimanches matins à Taïwan. En effet, le rendez-vous étant évidemment tôt le matin, j’ai subi le douloureux réveil qui nous fait déjà bien assez de mal toute la semaine… Je ne sais pas d’où j’ai puisé la force pour quitter ma couette chaude, mon oreiller moelleux, mon lit (pas vraiment douillet car je dors sur une planche) mais je l’ai fait. Fort heureusement, une bonne nouvelle m’a préservé d’un petit-déjeuner grognon avec pour seule idée en tête « Vivement ce soir que je retrouve mon lit ». Un petit tour sur léquipe.fr qui titre « Rennes, premier sans bruits» faisant référence à leur victoire du samedi soir contre le RC Lens. Comme quoi, ça ne tient pas à grand-chose la bonne humeur. Tout sourire, je rejoins mes amis qui m’offrent de quoi finir mon petit-déjeuner (légèrement sacrifié au profit de la lecture du moindre article sur le SRFC victorieux des « Sang et Or »).  

L’avantage des dimanches matins à Taipei, c’est qu’on oublie presque l’existence des bouchons pouvant être copieux dans cette ville. Rien de très croustillant vous me direz, mais que voulez-vous, on se console comme on peut après le sacrifice de la grâce mat’ dominicale. La consolation est à son apogée lorsqu’on aperçoit le tableau des montagnes fumantes se dévoilant à mesure que la voiture avance. Ces anciens volcans ont envie de dire qu’ils ne sont pas complètement éteints laissant s’échapper des filets de vapeur de souffre en parcimonie. Un détail qui fait tout le charme de cette chaîne montagneuse rendant mes souliers impatients d’y mettre leurs pieds. Petite parenthèse : mes parents doivent se demander quelle mouche taïwanaise a bien pu me piquer, connaissant mon goût pour les réveils matinaux du weekend et la rando… 






L’effet « montagne fumante » est encore plus saisissant quand on foule ses sentiers pentus. Il vous donne comme l’impression de marcher sur une énorme cocotte-minute. Vous comprenez rapidement que personne ne prépare de potion magique sous vos pieds quand l’odeur du souffre s’invite dans vos narines. Ce doux fumet sulfureux vous laisse plutôt imaginer que les égouts de la ville sont en ébullition là-dessous. Rassurez-vous, ces petits désagréments olfactifs n’interviennent que très rarement. Après une heure de marche et quelques troubles odorants, la beauté du paysage, visible depuis les nombreux panoramas sur la vallée, vous dévoile un des nombreux visages de Taïwan.








Vous l’aurez compris, l’offrande de ma grasse mat’ aux dieux de la rando a été dignement  récompensée. Surtout qu’une rencontre complètement inattendue, témoignant aussi d’une sacrée coïncidence, a marqué cette matinée. NAN, jeune fille qui travaille pour un complexe hôtelier à Taïwan a étudié le management du tourisme en France pendant trois ans. Dans la ville d’Aix-en-Provence qui plus est. Elle parle un très bon français, connait plein de bonnes adresses d’hôtels un peu partout à Taïwan et peut m’avoir des prix dans quelques-uns de ces établissements. Une nouvelle qui tombait à pic ! En pleine préparation du voyage avec Juliette, les précieux conseils et les bons plans de Nan furent de bon augure. 

mercredi 2 mars 2011

Taipei, ça me plait !

Si je n’avais pas espéré commencer l’exploration de l’île dès mon premier weekend, la visite de Taipei était prévue « ASAP ». Ce n’est pas la petite heure de bus et la traversée de l’hôpital de Linkou qui allaient m’en empêcher. Je sais que vous vous demandez de quoi je parle alors, tout aussi étonné que vous par ces propos, je vais vous expliquer la mission bus pour aller à Taipei. Depuis notre campus, rien de compliqué, nous devons prendre une navette qui nous amène à Linkou, d’où nous devons ensuite prendre un bus nous menant à « Taipei Main Station ». Seulement, avant de monter dans ce bus nous devons traverser à peu près 300 mètres de couloirs d’hosto parce qu’à Linkou, ils ont la drôle ou bonne idée,  au choix, de foutre la gare routière dans l’hôpital. Il n’est donc pas rare de croiser des malades sur brancard se rendant en salle de réanimation alors que vous vous dirigez vers le bus pour aller à Taipei. Je ne vous cache pas qu’on se demande un peu qui a pensé à ça un jour, mais bon, on s’y fait. Enfin presque…


Après trois petits quarts d’heure de route, on arrive gentiment à Taipei Main Station, après avoir croisé en chemin quelques temples, magasins extravagants et plusieurs centaines de deux roues. Pour vous déplacer à Taipei confortablement, la première étape est de vous procurer la « Easy Card » qui vous permet de prendre le métro en toute facilité (après avoir essayé de retenir les noms des lignes : Nangan, Yongning, Nanshijiao,…).
Sans trop savoir où aller, la première chose que nous voulions voir était le Taipei 101. Cette petite tour de 101 étages culminant à 509 mètres qui a l’air de vous dire « on blague pas à Taïwan ! ». Un monstre de verre et d’acier parmi tant d’autres vous me direz. Avouez tout de même que celui-là offre une architecture soignée que l’on épie sans lassitude.





Je vous l’ai dit, cette première visite de Taipei sans but précis était l’occasion de découvrir la capitale autrement que par les recommandations formelles des guides littéraires. Heureusement, Eddie, notre guide perso, était là pour nous indiquer quelques endroits où se rendre, à commencer par Ximen (prononcez Shimen). Sorte d’énorme zone commerciale en pleine ville aux allures de fête foraine. Ebloui par les lumières, étourdi par les bruits, ébahi par le curieux spectacle qui s’offre à vous, vous marchez sans vraiment chercher où vous aller, vous entrez dans des magasins aussi grands qu’une cabine de douche proposant des peignoirs Bob l’éponge et autres bizarreries à la mode en Asie… Bref, vous prenez un malin plaisir à goûter à la douce frénésie taïwanaise qui vous évoque les quelques images que vous avez des mégapoles nippones vues dans les reportages du style « Kyoto : croissance, loisirs et surpopulation sans freins. »




Quelques jours après cette première acclimatation nous nous sommes donné un but précis pour notre deuxième rencontre avec Taipei. Au programme, visite du Musée d’Art Contemporain. Pas moyen de le louper, une sorte de sculpture d’arbustes représentant une fête à quatre (pour ne pas dire partouze) d’ours, ou autre bêtes à poils, vous indique l’emplacement. 


Petit musée mais de bonnes œuvres y sont exposées qui en valent le détour. Surtout qu’en sortant du musée vous traversez un parc plein d’œuvres contemporaines, ou de délires des jardiniers de la ville, qui étonnent et font sourire. 






Changement de décors pour celui plus classique du parc du Mémorial de la paix. Dédié aux milliers taïwanais qui, sous le régime de Tchang Kaï-chek, ont été violemment réprimés. Bien que ce parc n’évoque rien de très joyeux, il offre une agréable balade au milieu de temples, cours d’eau et végétation toujours aussi généreuse. 







Taipei c’est aussi et surtout intéressant à la tombée de la nuit. Les rues s’illuminent par la bataille des enseignes commerciales, les routes s’encombrent de bouchons interminables, et les marchés nocturnes s’animent un peu partout dans la ville. Passage presque obligatoire pour les visiteurs, ces marchés sont de véritables institutions à Taipei. On y mange, on y achète de quoi se vêtir, on y joue, et on tente tant bien que mal de se frayer un chemin dans la foule compacte. C’est aussi l’occasion de goûter aux différents plats typiques à des prix qui défient toute concurrence. Alors vous vous laissez tenter par le « Tofu Puant » (choix que vous regretterez surement), l’omelette aux huîtres et le poulet frit. 






Notre ami Eddie nous l’avait promis « après le Night Market, je vous emmène au Night Club ! ». Ancien clubber averti, Eddie connait les bonnes adresses pour profiter au mieux de la vie nocturne à Taipei. C’est donc au PaSoul que nous avons atterri, club installé dans un centre commercial désaffecté. Enfin, c’est l’impression que ça vous donne quand vous prenez l’escalator pour descendre dans la boîte. Là, vous commencez à ressentir des vibrations de musique hip-hop qui chatouillent vos tympans. Une fois sur la piste les vibrations chatouilleuses deviennent des secousses dans votre corps entier provoquées par des basses force 8 sur une échelle de 1 à 10 (cette échelle n’existe probablement pas,  mais c’est pour vous donner une idée). Après quelques verres vous vous approchez du DJ qui jongle entre hip-hop, électro et R’n’B un peu dégueu (heureusement c’était rare). Vous vous mettez à crier « YEAHHH ! » et lever vos mains quand une espèce de Big Ali made in Taiwan, avec une queue de cheval de samouraï, se met à brailler dans le micro. Vous ne vous sentez plus quand le DJ joue Lean back, suivi de Next Episode. Vous n’êtes pas loin de l’état de transe quand il balance un puissant mix de Pon de Floor… Franchement, si on oublie les petits déchets de R’n’B mielleux, le son était parfait. La boîte est parfaite elle aussi. Après avoir payé votre entrée à peine vingt euros, les serveurs vous offrent ce que vous désirez sans vous demandez un sous de plus. Oui, je sais, vous êtes dégoutés de faire la teuf en France d’un coup…

Le son stoppe net, pas de préavis avec un réchauffement lumineux ou un son posé pour la fin. Aucun traitement de faveur pour les piliers de comptoir, tout le monde est gentiment poussé vers la sortie en moins de dix minutes. Personne ne bronche. Encore une manifestation de la discipline qui règne à Taïwan. Autant que le sens de l’hospitalité, celui de la discipline s’observe en permanence ici. Couloirs d’attente pour rentrer dans le métro, dans lequel il est interdit de mâcher du chewing gum (un agent de la « police du métro » me l’a fait savoir). Jamais de traversées des passages piétons sans le petit bonhomme vert. ZERO déchet par terre (pas même un mégot)… Bon, ce ne sont que des détails pas vraiment significatifs, mais suffisants pour vous surprendre et vous faire réfléchir sur ce que vous côtoyez quotidiennement en France.


PS : Pour les non initiés "ASAP" est l'acronyme de l'expression "As soon as posible" signifiant "dès que possible".